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Je travaille sur les débats autour de l'opposition entre nature et culture, dans une perspective à la fois historique, ancrée dans l'histoire de la philosophie du XXe siècle aux États-Unis et en France, et informée par des enjeux contemporains.
Mon objectif est de réfléchir aux conditions d'une nouvelle interdisciplinarité entre les sciences naturelles et les sciences sociales, afin de répondre intelligemment aux défis sociaux contemporains.
Mes recherches se déploient selon trois directions :
Un axe historique, consacré au philosophe pragmatiste John Dewey, et à son effort précoce pour dépasser le dualisme entre nature et culture
Un axe comparatiste, consacré à d'autres tentatives pour dépasser le dualisme entre nature et culture dans la première moitié du XXe siècle, en France et en Europe
Un axe contemporain, qui vise Ă repenser les liens entre sexe et genre au-delĂ de l'opposition entre nature et culture
Histoire de la philosophie du XXe (États-Unis & France)
Philosophie des sciences naturelles et socialesÂ
Philosophie sociale
Théories queers et féministes
Histoire de la philosophie américaine. Histoire et philosophie des sciences. Philosophie sociale
Dans ma thèse de doctorat, j’ai analysé la manière dont John Dewey s’est attaché à déconstruire le dualisme entre nature et culture afin de favoriser le développement d’une interdisciplinarité plus étroite entre les sciences naturelles et sociales, qui lui semblait indispensable pour répondre intelligemment aux problèmes sociaux de son époque. D'après Dewey, beaucoup des problèmes sociaux présents aux États-Unis dans la première moitié du XXe siècle (des questions de santé publique aux enjeux d’éducation, en passant par les effets de l’urbanisation ou l’épuisement des ressources naturelles), requièrent pour être correctement appréhendés de croiser des ressources empruntées à la fois aux sciences sociales et aux sciences naturelles. Or, Dewey juge que ses contemporains sont mal équipés pour réaliser ce genre d’investigations transversales, à cause de la prégnance d’un mode de pensée dualiste qui tend à mettre la vie sociale radicalement à part de ses conditions biologiques et écologiques d’inscription. C’est pourquoi, Dewey va s'attacher à déconstruire ce dualisme et à élaborer un cadre alternatif, non dualiste, qu’il nomme « naturalisme culturel ». L’enjeu est de substituer au postulat d’une discontinuité de principe entre la nature et la société un cadre d’analyse alternatif qui permette l’exploration systématique de leurs continuités, étant donné qu’une telle exploration est indispensable pour analyser les problèmes sociaux du temps.
Ainsi, à travers son naturalisme culturel, Dewey cherche à éviter deux écueils symétriques : un anti-naturalisme radical, d’inspiration culturaliste, qui refuse par principe d’accorder le moindre rôle significatif, dans l’élucidation des phénomènes humains, à des structurations biologiques et des contraintes écologiques partagées, et un naturalisme réductionniste qui, en cherchant à tout prix à rabattre les phénomènes socio-culturels sur leurs supports psychologiques et biologiques, risque d’effacer leurs spécificités. Il entend repenser la nature et l'ancrage naturel des formes de la vie sociale, afin de favoriser leur critique et leur transformation.
Histoire de la philosophie française et européenne. Histoire et philosophie des sciences
À partir de mon ancrage initial dans la philosophie de Dewey, j’ai élargi mes recherches à d’autres tentatives philosophiques pour dépasser le dualisme entre nature et culture dans la première moitié du XXe siècle, en Europe et en France.
En témoigne un volume collectif, co-dirigé avec Marco Dal Pozzolo et Matteo Pagan, intitulé Repenser la nature. Dewey, Canguilhem, Plessner (Rue d’Ulm, 2023), qui confronte la manière dont ces auteurs ont repensé l’ancrage naturel des phénomènes humains sans pour autant oublier leur dimension socio-culturelle émergente, à travers un dialogue critique avec les sciences biologiques et sociales de leur temps.
Je me suis particulièrement intéressé à ce titre à la figure de Georges Canguilhem, qui souligne à travers sa philosophie biologique « l’intrication de la nature et de la culture dans la détermination des normes organiques humaines ». Je lui ai consacré un chapitre comparatif, ainsi qu'un petit livre à paraître à propos d'un texte inédit où il discute la prise en charge des phénomènes d'« hermaphrodisme » dans les années 1930 et esquisse une approche bioculturelle pour appréhender le « choix du sexe ».
ThĂ©ories fĂ©ministes. EpistĂ©mologie sociale. Philosophie des sciencesÂ
Enfin, j’ai poursuivi mes recherches en explorant les débats autour de la distinction entre sexe et genre, qui apparaissent comme l’un des lieux privilégiés où se rejoue le dualisme entre nature et culture aujourd’hui.
J’ai travaillé sur les enjeux de l'opposition entre naturalisme et constructivisme social au sein des théories féministes depuis les années 1990. J'ai notamment consacré un article à la construction sociale du sexe biologique et aux principaux débats épistémologiques et métaphysiques que cette thèse a suscités, entre Judith Butler et Sally Haslanger.
Plus largement, je m'intéresse aux travaux scientifiques, comme ceux d'Anne Fausto-Sterling, qui visent aujourd'hui à rendre compte des interactions genre/sexe dans une perspective bioculturelle.